Catalogue d’exposition “Mouvement des atomes, Mobilités des formes”

Marc DESGRANDCHAMPS

 

 

 

Clémence Renaud questionne la place du spectateur en détournant de leur fonction les objets qu’elle met en scène. Au travers de ces objets, elle utilise le son et crée un climat très particulier, fait d’incertitude et d’interprétation et d’interrogation. Ainsi d’un micro transformé en haut-parleur, haut-parleur plutôt discret puisqu’il faut tendre l’oreille vers le micro pour entendre ce qu’il dit. La relation d’utilité que l’on entretient avec les objets se trouve détournée ou renversée. C’est aussi la relation avec l’oeuvre et l’espace où elle vient prendre place qui se trouve ici pointée, interrogée. Il y a dans ce travail une présentation, une disposition précise des choses dans le lieu, afin que la relation, sous forme de questionnement ou d’identification, puisse s’instaurer et opérer de la façon la plus incisive.

 

Les sons, les récits, les voix qui courent d’une oeuvre à l’autre sont qualifiés par clémence Renaud de “récits clichés”. Cette dimension du lieu commun, qui est aussi celui de l’exposition, permet une identification de l’auditeur spectateur avec la narration. En même temps cette narration se situe rarement sur un mode affirmatif. Elle trahit souvent d’un malaise et d’une incertitude, la voix qui nous parvient s’interrogeant sur les choix qui ont pu être ceux d’un individu dans sa vie, incertitude amplifiée quand une femme dit un texte au masculin et un homme un texte au féminin. Parallèlement au détournement manifeste ou discret de l’objet, les récits entendus accompagnent ce glissement du sens et des identités, qui déstabilise petit à petit les certitudes qui pouvaient être celles de l’auditeur au début de l’expérience qu’il est en train de vivre. Cet auditeur regardeur n’est plus assuré de son rôle et doit improviser son comportement quand il se retrouve interpellé directement dans le cadre de l’installation. Il en sortira indemne, car il y a toujours un sortie, et l’humour n’est pas si loin, mais l’accélération de son rythme cardiaque témoignera de sa traversé d’un instant de vie.

 

PARTITIONS INTEMPORELLES, ARTS.ONE Magazine. 

Samantha DENAN

 

 

Posée au côté d’une longue boîte blanche rappelant un divan stylisé d’analyste, une chaise pliante invite le spectateur à s’asseoir et à prêter une oreille inquiète, amusée ou attendrie aux pensées et interrogations livrées … par l’objet, qui « ne va pas trop », a « un coup de déprime », se sent tout à la fois « utile et inutile ».

 

Qu’elles soient sculptures, vidéos ou installations, les oeuvres de Clémence Renaud sont à écouter autant qu’à observer ; elles invitent à un jeu complice et interactif auquel il appartient à chacun d’établir les règles. « A l’âge où l’on apprend à lire et à écrire, j’ai simultanément appris à lire et à jouer de la musique au conservatoire. Cet acquis a beaucoup influencé ma sensibilité, mes idées, mes choix, et représente finalement le point de départ de tout ce que j’ai entrepris artistiquement », explique la jeune femme, qui mène notamment un fascinant travail sur le concept de l’interprétation : ” Quand il faut, à partir d’une partition, créer une interprétation personnelle tout en respectant l’extrême précision de cette écriture, il est, entre autres, question d’invisible, d’impalpable, alors que la construction musicale semble quasi mathématique. Cette difficulté qui reste en partie mystérieuse pour moi, ce rapport à la musique, je l’ai rejoué avec les mots, les tournures de phrases et avec la sculpture. Considérant mes objets comme des instruments et mes textes comme la base de multiples interprétations, j’ai cherché à donner à l’autre la possibilité de s’y confronter, de s’y retrouver ou de s’en distancier. » Et nous, de rester tout ouïe.

 

Ateliers en résidence

La Crypte d'Orsay